“Manque de bornes électriques en milieu rural – villages sans garages, infrastructures limitées et impossibilité de recharger un véhicule électrique.

la France réelle n’a pas les mêmes routes que les plateaux TV

« Quand on achète un véhicule neuf aujourd’hui, on achète forcément électrique. » C’est ce qu’un journaliste de LCI affirmait récemment.

Excusez‑moi, mais… la France ne s’arrête pas aux villes.

Et quand on lit sur LinkedIn : « Dans un village, vous avez votre garage, vous installez une prise et c’est réglé. »

Excusez‑moi encore, mais dans une cité médiévale, comme la mienne, 95 % des habitants n’ont pas de garage. Des maisons de village, des rues étroites, des façades collées… La prise sur le trottoir ? Une fiction.

Une borne pour 22 communes : la réalité d’un territoire rural

Ma communauté de communes : 22 communes rurales, 9000 habitants.
Nombre de bornes publiques : ➡️ 1 seule.

Et encore :

  • située à 2 km (pour ma part)
  • toujours occupée
  • apparement lente
  • pas pratique
  • pas adaptée au quotidien

J’ai fait le calcul :
➡️ 16 € pour une recharge complète d’e‑208 (300 km) – borne à 2 km = attente ou marche
➡️ contre 30 € / 300 km en diesel – instantané

À part tirer un câble sur le trottoir… ce qui est évidemment impossible.

Pourquoi les bornes n’arrivent pas en ruralité (le vrai sujet)

Voici le cœur du problème, celui que personne n’explique clairement.

Des réseaux électriques sous‑dimensionnés

Les villages français ont été construits pour :

  • alimenter des maisons
  • quelques commerces
  • un éclairage public minimal
  • des besoins modestes

Pas pour absorber :

  • 50 voitures en charge simultanée
  • des bornes rapides
  • des pics de consommation
  • des installations 22 kW ou 50 kW

Installer une borne, ce n’est pas juste “poser une machine”. C’est renforcer le réseau, tirer des lignes, parfois refaire un transformateur.

Coût : énorme. Rentabilité : faible.

Une densité de population trop faible pour rentabiliser les bornes

En ruralité :

  • les habitants sont dispersés
  • les trajets sont courts
  • les usages sont irréguliers
  • les bornes seraient utilisées quelques heures par jour

Pour un opérateur, une borne = un investissement lourd. En ruralité, elle ne sera jamais amortie.

Donc ils ne viennent pas. Ou ils viennent… une fois pour toute la communauté de communes.

Des coûts d’installation plus élevés qu’en ville

En ville :

  • les réseaux sont déjà renforcés
  • les distances sont courtes
  • les infrastructures sont modernes
  • les opérateurs mutualisent les coûts

En ruralité :

  • les réseaux sont anciens
  • les distances sont longues
  • les travaux sont plus complexes
  • les sols sont parfois protégés (zones historiques, médiévales, agricoles)

Résultat :
➡️ installer une borne coûte plus cher en rural qu’en urbain
➡️ pour une rentabilité plus faible

Une absence totale d’incitation économique

Les aides publiques ont surtout ciblé :

  • les villes
  • les zones commerciales
  • les parkings de supermarchés
  • les axes autoroutiers

Les villages, eux, ont reçu :
➡️ quasiment rien.

Et sans subvention, une borne en rural = un investissement impossible.

Une transition électrique pensée pour les villes

Les politiques publiques ont été construites autour de :

  • la pollution urbaine
  • les ZFE
  • les bouchons
  • les flottes professionnelles
  • les parkings privés
  • les copropriétés

La ruralité n’a pas été intégrée dans le modèle. Elle est censée suivre, sans avoir les infrastructures pour le faire.

Le paradoxe : on impose l’électrique à ceux qui ne peuvent pas le recharger

On dit aux ruraux : « Passez à l’électrique. »

Mais on leur donne :

  • pas de bornes
  • pas de garages
  • pas de prises
  • pas de solutions
  • pas de rentabilité
  • pas de réseau adapté

C’est une transition à sens unique.

Le cas personnel : un exemple qui représente des millions de Français

Je télétravaille. Je roule peu. Je dépense 30 € de gasoil par mois.

J’ai envisagé l’électrique. Mais j’ai vite compris :
➡️ aucune borne
➡️ aucun garage
➡️ aucune prise
➡️ aucune solution simple
➡️ aucune logique économique

À part tirer un câble sur le trottoir… ce qui est évidemment impossible.

La ruralité : 30 millions de véhicules et zéro plan national

9000 habitants, ce n’est pas “rien”. C’est une petite ville française typique.

Et ça représente :
➡️ 5000 à 6000 véhicules
➡️ juste sur un rayon de 20 km
➡️ et environ 29 à 30 millions de véhicules en rural en France

La France rurale n’est pas une exception. C’est la majorité du territoire.

Et pourtant, elle n’a aucun plan national de recharge.

Conclusion : la transition électrique ne peut pas ignorer 80 % du territoire

La transition électrique ne peut pas être un slogan. Elle doit être une réalité.

Aujourd’hui, en ruralité :
➡️ elle ne l’est pas
➡️ elle ne peut pas l’être
➡️ elle n’a pas été pensée pour l’être

La France ne se recharge pas à Paris.
Elle se recharge dans ses villages.
Et pour l’instant…
elle ne se recharge pas du tout.

Image de frimufilms sur Magnific

By David Deschamps

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